J'ai envie de vous dire.
Que cet été, durant mes 2 semaines hispaniques qu'on appelle communément vacances, j'ai écrit 27 pages de mon 3eme cahier. Plus ou moins.
. 4 sur Laïlae & co,
. 18 qui parlent d'enfants, de pommes et d'enchantement,
. 4 sur une histoire qui raconte un passé fait d'insouciance, de jeux et de feu
. et 1 sur quelqu'un qui m'est très cher, que j'aurai beaucoup de mal à faire mourir un jour (mais peut-être mourra-t-il de mort naturelle ? A moi de voir).
Et j'ai aussi envie de vous faire part du dernier de ces textes, même si je sais que cela ne fera vraiment plaisir qu'à une seule personne (et il se reconnaîtra), d'ailleurs je m'excuse de le faire attendre pour la suite...
En fait je vous ai menti. J'ai écrit cet extrait en allant à Strasbourg, au début du mois de Juillet. Mais je préfère le compter avec le reste pour ne pas qu'il soit jaloux des autres textes.
C'est vrai, il a eu une vie difficile le pauvre.
Le pauvre Waël.
[Il faut hurler avec les loups si l'on veut courir avec eux.]
Waël se figea. Un craquement de bois, sec et bref, venait de retentir dans la nuit. Il s'insinuait dans les grosses poutres de la charpente, leur transmettait son tremblement sourd, redescendait travers les boiseries murales, jusqu'au sol, jusqu'à venir frôler les pieds nus du garçon et enfin provoquer un long frisson dans ce corps frêle et inoffensif. Cette sensation l'obligea à reposer avec douceur le couteau qu'il venait de dérober à la cuisine du logis et à se concentrer sur son ouïe, exercice devenu systématique au moindre bruissement d'origine inconnue. Des sons confus lui parvinrent lentement, un à un. Une minute lui suffit pour faire le tri. Il percevait le mouvement presque inaudible du couple de rapaces nocturnes niché sous les combles, le grattement incessant d'une souris à l'étage supérieur, le sifflement du vent entre les feuilles crissantes des arbres et le doux ronronnement d'un chat lové dans un coin de la pièce. Mais aucun déplacement humain. Ce craquement ne provenait pas de la chambre de sa mère ; et Waël se détendit.
Son regard revint à l'instrument de cuisine qu'il n'aurait pas hésité à utilisé comme arme. Une pensée dessina un sourire crispé sur son visage enfantin. "Ce son m'a fait reposé ce couteau intelligemment. Il a eu raison : un des outils de la remise serait beaucoup plus efficace..." Rien qu'à l'idée de choisir l'objet avec lequel il allait se venger de toutes ces années de souffrance et d'humiliation, une joie malsaine s'empara de lui quelques secondes avant de faire place à un dégoût profond. Bon nombre de ces sensations et sentiments généralement connus des plus âgés seulement -ceux qui possédaient une réserve intarissable de haîne- se dévoilaient chez ce jeune être, encore fragile mais contraint d'arborer une maturité digne du plus sage des rois... ou du plus hargneux des criminel. Peut-être les deux.
Le garçon abandonna le couteau gisant sur la table de travail et entreprit de traverser la pièce. Il contourna la table dotée de trois chaises identiques. "L'une d'elle devrait brûler, comme son propriétaire..." songea-t-il machinalement, comme à chaque fois qu'il rencontrait quelque objet appartenant à cette même personne. Ce désir de destruction se décuplait lorsqu'il croisait l'homme en question... Il passa devant la cheminée et le fauteuil où dormait d'un ½il le chat. Waël effleura du bout des doigts son pelage, il sentit l'animal se raidir brusquement, puis se détendre progressivement jusqu'à retourner à cet état de somnolence qui lui convenait si bien. Enfin l'enfant -car il faut être honnête, Waël n'était qu'un pauvre enfant innocent- parvint à la porte qui donnait sur l'arrière-cour, qui s'étendait sur la forêt...
Ce soir n'allait être qu'un entraînement. Un entraînement acharné qui, dans quelques années, lui permettrait enfin de retrouver le sommeil... en tuant de ses propres mains, sans la moindre pitié, l'Amarthan qui avait fait de sa vie un cauchemar.